La supercherie d’ Icare, de Seth Godin aux Éditions Diateino

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Seth Godin poursuit sa quête de définition des outils et des principes de la nouvelle société qu’il appelle de ses vœux.  Après « Linchpin » ou la nécessité d’être indispensable, « Tribu » ou l’incroyable force des communautés, « Poke the box », véritable apologie de l’esprit d’initiative, voici

« La supercherie d’Icare ».

Avec cet ouvrage, publié en version française aux Éditions Diateino, dans les collections dédiées au développement personnel et professionnel,  Seth Godin revisite le mythe d’Icare pour en déduire que si voler trop haut, en dépit de l’autorité du père, présente le risque de se brûler les ailes, il tout aussi néfaste de  voler trop bas.

L’économie industrielle, Taylor et son organisation scientifique du travail ont trouvé leur intérêt à nous voir voler bas à nous cantonner dans une sorte de conformisme qui nous a longtemps entrainés à confondre  zone de confort et zone de sécurité, partant du principe que ce qui nous est agréable nous protège. L’économie de la connexion a déplacé cette zone de sécurité.

La nouvelle zone de sécurité est un lieu d’art, d’innovation, de destruction et de renaissance, de création des idées pour les diffuser, de connexion de ce qui est déconnecté. Un espace dans lequel notre valeur ajoutée est proportionnelle à la quantité d’informations utiles que nous pouvons produire, à la confiance que nous pouvons gagner, au nombre de fois où nous innovons. C’est  un espace qui fonctionne au réel, au nouveau et à l’essentiel. Un espace ou l’art est l’acte véritablement humain qui consiste à créer quelque chose de nouveau qui touchera quelqu’un d’autre  et  l’artiste celui qui se sert de son courage, de sa perspicacité et de sa créativité pour remettre en cause le statu quo, qui prend  le risque  d’un effort émotionnel, celui de ressentir de la joie et de la peur et s’autorise ainsi  à voler bien plus haut  à la hauteur de son coeur et de son âme.

L’objectif de l’art est de créer des connexions et pas seulement de rechercher une gloire éphémère. Cela requiert certaines qualités: inspirer confiance, savoir surprendre, avoir la volonté de guider les autres « là où les choses ont de la valeur », être en capacité de créer des histoires qui diffusent, faire preuve d’humanité, c’est à dire, ne pas craindre d’afficher sa vulnérabilité, être transparence, généreux, axé sur les valeurs qui rapprochent, « qui font  de l’autre l’un des nôtres ».

Lorsque l’on a compris tout cela, poursuit-il l’essentiel est de faire un choix puis de se lancer.

  • Faire un choix,  ce qu’à l’évidence personne ne fera à votre place, entre être un linchpin (celui dont personne ne peut se passer), un pion (qui obéit aux ordres),  « faire de l’art » (et être maître de son  destin) ou simplement faire son travail (et laisser tout le pouvoir et les responsabilités à quelqu’un d’autre).
  • Se lancer : Il faut pour cela surmonter les freins et les peurs qui nous empêchent de faire le pas: la peur d’avoir honte, la peur de se mettre à nu donc de se rendre vulnérable, de ne pas avoir  le cran nécessaire, le syndrome de  la page blanche  qui est en fait un réflexe de fuite symptomatique de la peur d’agir, la procrastination, l’idée que l’on se fait de la souffrance de l’échec, la peur du « qu’en dira t on »… Il faut aussi abandonner une certaine vision du monde « utile dans la vie quotidienne » : les présupposés, les préjugés, les croyances que nous intégrons à nos interactions qui nous font « gagner du temps » certes, mais qui  nous empêchent fondamentalement de voir le monde comme il est, de reconsidérer quoique ce soit et de saisir les opportunités qui s’offrent à nous. Le message : passer du statut de simple spectateur à celui d’acteur, cesser d’être à la merci du système pour  y apporter notre contribution, en synthèse, faire plus, échouer plus aussi, mais  devenir meilleur.

J’ai aimé  :

– L’histoire du chaton et le bébé singe, qu’utilise Seth Godin pour illustrer le fait que L’économie industrielle a longtemps tenu soigneusement à l’écart ceux qui tentaient d’apporter de l’innovation ou de l’individualisme au système : « Quand un chaton est en danger, sa mère vient le chercher et l’attrape gentiment par le cou pour le mettre en sécurité. Le bébé singe, lui, n’a pas d’autre choix que de s’accrocher au dos de sa mère s’il veut s’en sortir. Le premier est sauvé ; le deuxième se sauve. En japonais, « tariki » veut dire choisir d’être aidé, s’en remettre à une autorité qui nous choisira et nous fera avancer, qui approuvera nos choix. « Tariki » est le chaton sans défense. Jiriki, en revanche, veut dire que l’on se choisit, que l’on s’autorise soi-même à exercer son art. « Jiriki » est le bébé singe qui se sauve. L’économie de connexion ouvre la porte au Jiriki. »

– Cette situation de Joseph Campbell: « Les mythes et les rêves ont la même origine… Le mythe est le rêve de la société »

– Celle-ci aussi  « Arrêtez de vous plaindre. Agissez ou oubliez. »

– Enfin, les puissantes descriptions du conformisme de l’ère industrielle, de la standardisation à outrance, de la productivité rassurante. Et notamment ce passage:

“ En 1919, C.A. Adams, de l’université d’Harvard et du U.S Bureau of Standards, a écrit :

La plupart d’entre nous parlent de la standardisation sans vraiment savoir de quoi il s’agit. Ils ne se rendent pas compte de tout ce que recouvre ce terme, ils ne savent pas que la coopération qui fonde notre société est elle-même fondé sur la standardisation. On pourrait même aller jusqu’à dire que le degré de civilisation d’une nation se mesure à son degré de standardisation. “

Sur le style :

Seth Godin développe les thèmes par vagues successives, pousse un flot d’idées à la façon d’une marée montante, décortique chaque idées du thème, amène l’expression de celle-ci à l’essentiel, ne garde que l’écume de cette réflexion  qu’il réincorpore aussitôt dans la vague  suivante qui apporte elle-même un nouveau thème. Et ainsi de suite … Si vous êtes de ceux qui s’imposent une seconde lecture d’un chapitre pour être certain de bien saisir la progression de la pensée de l’auteur, vous pouvez içi vous en dispenser, chaque idée sera présentée, remise en scène, revisitée sous une autre facette, au point que vous ne pourrez passer à coté.

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Les employés d’abord, les clients ensuite de Vineet Nayar

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Editions Diateino (Turning conventional management «upside down»)

La valeur des SSII n’est plus seulement technologique, elle repose surtout sur la façon de délivrer le service. Vineet Nayar, Président du groupe indien HCL, observe que «la zone de valeur ajoutée» se situe à la charnière entre l’entreprise et le client, charnière très précisément personnalisée par l’employé en charge de fournir le service. Jusque là l’observation est juste mais pas révolutionnaire. Là où tout change, c’est lorsque Vineet Nayar en conclut que l’entreprise doit toute entière se mettre au service de cette zone de valeur. Ceci implique que le modèle organisationnel pyramidal soit inversé, pour mettre l’encadrement en soutien de cette première ligne où se fabrique la performance de l’entreprise, avec mission de les encourager et de renforcer leur autonomie et la créativité qu’ils déploient pour la satisfaction du client. Lire la suite

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