Le retour du modèle scandinave

Le modèle scandinave fait son retour dans le référentiel du gouvernement, l’intention est louable, mais la transposabilité reste plus qu’incertaine.
Le modèle scandinave, c’est à dire celui de quatre pays de l’Europe du Nord, la Finlande, la Norvège, le Danemark et la Suède, dont trois monarchies constitutionnelles (!), a été cité successivement dans la déclaration du premier ministre du 6 novembre et dans l’interview donnée par celui-ci le lendemain aux Échos, dans laquelle il commente cette déclaration.
Il consiste à maintenir un juste équilibre entre la recherche du bien-être social et l’économie capitaliste. Une sorte de «capitalisme démocratique» (1), qui revient à financer par l’impôt un État social subvenant largement aux besoins des citoyens tout en confiant à l’entreprise le soin de développer la richesse du pays. En somme, «Soutenir les individus qui ont souffert des situations profitables aux entreprises»(2).
Le modèle n’est pas homogène dans les quatre pays nordiques qui l’appliquent mais il repose sur quelques constantes : d’abord un pacte naturel entre l’État et l’entreprise, le premier assurant le bien-être, la seconde produisant la richesse nécessaire. Ensuite, un état d’esprit égalitaire tant dans la gouvernance des entreprises et notamment dans la définition de la stratégie, que dans celle de l’État. Enfin il est étayé par un système éducatif qui délivre un enseignement de qualité, sans considération de statut social.
Il se traduit par un niveau d’imposition conséquent permettant de financer une politique de protection sociale bien structurée, mais également par une politique de soutien de l’emploi qui passe par la flexibilité, par des incitations pour les étudiants à s’engager rapidement dans la vie active, par une prolongation de l’emploi jusqu’à 67 ans, des formations de transition, et des incitations à la reprise rapide du travail.
L’un des exemples du modèle scandinave, devenu emblématique, est constitué par le redressement économique Suédois de 1995 qui est passé par un amaigrissement de la part de la dépense publique dans le PIB de 20% (de 70 à 53%), une réduction du chômage de 8 à 4%, une réduction de 50% du nombre de ses fonctionnaires, le maintien d’un taux d’imposition encore supérieur au nôtre, une baisse des allocations et une dévaluation…
Les chances de transposabilité de ce modèle à la société française sont plus que faibles :
Le pacte entre l’État et l’entreprise n’existe pas ou peu, et l’entreprise est encore souvent objet de méfiance. L’égalitarisme est la clé culturelle du modèle scandinave, ce qui n’est pas notre cas, même si l’égalité figure dans notre devise républicaine. Le couple entreprise / secteur public est reconnu comme complémentaire : chacun dans son rôle respectif de création de richesse (et pas seulement d’emplois) et de protection, ce qui n’est pas notre cas. Enfin, la Suède avait les mains libres en manière de politique monétaire, nous avons fait le choix de l’euro, le marché environnant la Suède lui permettait rebondir, alors que l’Europe est en récession. Beaucoup trop d’écarts donc pour parler de transposabilité donc, mais de bonnes pratiques à combiner avec notre propre modèle, pourquoi pas ?

(1) Idar Kreutzner, PDG de Norway store
(2) Francis Sejersted, historien norvégien et ancien Président du Comité Nobel

Share Button

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *