Management et Humanisme

Et si l’entreprise devenait un lieu de lien social et si nos managers cessaient de fixer leur tableau Excel pour regarder leurs salariés dans les yeux, et si l’on redonnait l’initiative et donc la capacité d’innovation au salarié plutôt que de l’enfermer systématiquement dans des processus stérilisant leur créativité et leur autonomie, et si le cynisme, la suffisance et le chacun pour soi n’étaient plus les seules clés de l’avancement et si le bien-être au travail devenait une finalité plus qu’un remède à la pression au travail qu’il ne semble pas envisageable de faire baisser?
Un courant se dessine qui ne semble pas n’être qu’une mode, tant les horizons et les générations de ceux qui l’esquissent sont différents.
Quelques exemples :

  • Francis MER Industriel, homme politique, ancien ministre et président de la fondation Condorcet, [1] qui appelle à la libération du potentiel humain trop souvent perçu comme un coût: «Imaginez que nous réussissions à mobiliser le potentiel d’intelligence, d’interactions, de découvertes et d’engagement de ces personnes qui travaillent ensemble au projet d’une organisation… Tout redevient possible!».
  • Robert PAPIN, créateur d’HEC entrepreneur, docteur en droit et ex parachutiste plongeur de combat, auteur prolifique en gestion d’entreprise et récemment d’un brillant réquisitoire contre le management désincarné [2] Son devenu célèbre slogan «du cœur et des tripes», rappelle qu’en temps de crise la stratégie et l’art de la finance, certes fondamentaux ne suffisent pas sans la capacité de motivation des équipes. Les clés : «l’intelligence émotionnelle qui permet de diffuser une culture privilégiant les « valeurs de cœur »: le respect de l’individu, la générosité, l’espérance et le dévouement »[3] et la capacité de transformer les collaborateurs en véritables managers-entrepreneurs.
  • François DUPUY, sociologue, directeur académique du centre européen d’éducation permanente de l’Insead [4], auteur de «Lost in management», qui voit dans le management de type «Contrôle, reporting, processus et centralisation, …» un comportement «décourageant, frustrant, et démobilisateur, qui envoie des signaux de défiance, prive le salarié de la moindre initiative donc de la capacité d’innovation». Il suggère de substituer à la standardisation de la confiance et de la simplicité un peu de flou, de la coopération, de la confrontation même, plutôt que de standardisation, qui seuls sont en mesure de créer le contexte qui rend possible l’engagement des salariés.
  • Jean-Marie PERETTI, professeur et chercheur en ressources humaines à l’Essec Business school et à l’IAE de Corse, est également l’auteur d’un appel [5] à la redéfinition d’un pacte social entre dirigeants et salariés. Il voit, au delà des process, le manager de demain privilégiant au reporting une prise en compte réelle du bien-être une conscience élevée des risques humains inhérents au changement et exerçant sa fonction avec une bienveillance adaptée à la maturité de ses employés.
  • Emmanuel FAFFELIN[6], Philosophe, ex diplomate en Amérique latine et en Afrique qui assigne à l’entrepreneur «Comme l’homme politique» un rôle de «tisserand social qui a le pouvoir de carder les fils de la société sans lesquels l’état n’est qu’une coquille vide» et prône la gentillesse comme levier managérial. L’entreprise doit favoriser la gentillesse car cette vertu moyenne et efficace est la vieille aptitude de l’homme à sentir son prochain, à lui prêter main forte et à lui donner un coup de main en admettant qu’il faut aussi «combattre l’égalitarisme viscéral de la révolution qui poussent l’employé et le cadre français, à considérer que rendre un service vaut servitude et retour au servage».
  • Bertrand COLLOMB, Président d’honneur de Lafarge et Emmanuel ROUILLOIS auteur de «L’entreprise humainement responsable».
  • Alain d’IRIBARNE, chercheur au CNRS «Le devoir de faire ne permet plus de manager. Il faut insister sur le plaisir de faire».

Voici donc un mouvement qui s’amplifie et va nous permettre de compléter la réflexion sur les façons de sortir de la crise par le haut. Après la compétitivité par le coût la compétitivité par la revalorisation du capital humain dans l’entreprise privé comme publique d’ailleurs. Cela va nous contraindre à revisiter quelques fondamentaux tels que les relations humaines au sein de l’entreprise, la gestion des compétences et des connaissances bref de remettre l’homme, ses valeurs et son engagement au cœur de la productivité, en réhabilitant le collectif au travail.
Voir aussi : André Comte-Sponville intitulé «Sens du travail, bonheur et motivation», je n’ai pas terminé de l’écouter mais ça semble excellent…
et encore le groupe LinkedIn «L’humain au cœur de l’entreprise»

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